Breaking down cultural barriers
Transposer une culture dans une autre par delà les barrières culturelles

Wednesday, 13 May 2015

سیلوی م. میلر - سنکفرش سحر




سنگفرش سحر
 
بالای باقچه
سر هر شاخه
جزجز شهاب
شمذ شکافته


سیلوی م. میلر

Friday, 5 September 2014

Sylvie M. Miller - ETERNITY - for a friend


Eternity can be
a sea shell on a shore
figuring how to be
part of the Milky Way

Eternity can be
a sail boat on its way
or a break in the clouds
or a boat in a bay

it can be a shimmer
on the sea, 
it can be 
a murmur - unreleased
claiming for memory

it can be in Iran, in Takht e Soleyman
where a Surat at dawn
left its gold in your eyes
where carpets of lilies
unfold under the skies 
for mountains to kneel on

and the winds churn and tease
the horizons aglow

where – because you have gone –
the yellow tulips sway
like Sufis in the breeze
in their search for the sun

Eternity is pain 
for having done you wrong 
yet knowing that my choice
had been your's all along

and - as this shroud is shorn 
to wipe the dew away
from the mist where I mourn

Eternity is you
in my heart

on this day


Sylvie
15 July 

2014

Monday, 12 September 2011

AUBE

le merle sur l’ardoise des toits,
c’est le sourire de l’aube à moi,
le vent dans l’arbre
- une caresse,
l’herbe qui ploie sous la tendresse de ses doigts
- un baume pour mes premiers pas,
la rosée qui s’évapore,
c’est l’aurore venue sécher 
les larmes sur la joue du monde

Sylvie M. Miller
11 septembre 2011

Saturday, 6 August 2011

Sylvie M. Miller - INSATIABLE

Ah, j'ai sauvé la mouche, oui :
que l'araignée menaçait

mais qui viendra rendre ses ailes
à ma vie
que - cruelle,
insatiable,
j'écartèle ?

à cette intemporelle
que
je déchire - imperturbable,
et démembre à belles dents?


Sylvie M. Miller
2 août 2011

Tuesday, 12 July 2011

Sylvie M. Miller - THE MAGIC OF YOU

it is to the magic of you
that I owe you
to have stayed on

To the magic of these moments
luminous and revealing
which craving for
I prey upon
every time you create one

Two or three intense moments
which life and derisory things
keep drowning in my memory

Two or three dispersed moments
whose wave
- as I walk in the rain,
hesitating to leave you -
comes and electrifies me


Sylvie M. Miller
translated from the original French


Sunday, 10 July 2011

Sylvie M. Miller - ELSEWHERE

I live elsewhere

Not the elsewhere you know
much farther,
if you go sideways

you will hear the tinkle
of light on time
it is the portal’s bell
that you must push with your finger

and if its wood is swollen
after a recent night’s tears:
with your hand or both arms

and if its hinges are rusty
because my heart has hardened:
with all your body

but beware! Do not trip
my portal opens on the void
and you could topple
topsy-turvy
where
at the very bottom
with my still in my arms
I wait for you at my door

Sylvie M. Miller
February 2010

Monday, 4 July 2011

Sylvie M. Miller - LARMES

et voici que tombée,
ma larme s'élargit, s'étale, disparaît, 
sans laisser l'auréole 
qui seule sur la trame
aurait pu l'évoquer


Sylvie M. Miller

4 juillet 2011

Monday, 23 May 2011

LA COMBLEE DE LARMES - un poème symphonique de Sylvie M. Miller

Tu me dis
 Il a plu, les gouttes ont brisé
 La verrière
 Tant l’averse était forte
  Et sa violence entière

Tu dis
Dans la tourmente
La brouette a cassé
Les bras lui sont tombés 
De tant de moisissures
De talures aux fruits

Tu portes
 Du jardin ses odeurs de serre
 Sa lumière de sérail ...........

Ahmad Shamlou - DEPUIS LA CAGE

Tout au bout de mon regard
De hauts murs, de tous côtés
Des murs 
Hauts comme le désespoir
Y a-t-il en chaque mur 
Un bonheur, un bienheureux,
- Une raison d’être envieux ?
De ce que la perspective, vue de ma joue, soit à claire-voie
Et de ce que murs et regard se touchent au bout du désespoir
Et du ciel pris par le crystal


Ahmad Shâmlu
adapté du persan par Sylvie M. Miller

Monday, 18 April 2011

Ahmad Shamlou - LES NYMPHES DU PARADIS

voilées
les nymphes du paradis 
envoient le passant fatigué
d'un baiser, vers les feuillages

il y a 
sur les reins du vent 
comme un parfum

pour attirer l'oiseau en cage
quel autre fruit l'arbre de vie
donnera-t-il cette année?



Ahmad Shâmlou
traduit par Sylvie M. Miller

Saturday, 9 April 2011

Forough Farrokhzâd - LES OISEAUX NE DURENT PAS

Mon cœur est triste
Mon cœur est triste
Je vais au balcon et traîne
mes doigts 
sur la peau lisse de la nuit
En face, les lumières éteintes
En face, les lumières obscures
Personne ne me présentera au soleil
Personne ne viendra m’emmener à la fête des oiseaux
Confie le vol au souvenir
Les oiseaux ne durent pas

Forough Farrokhzâd
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Wednesday, 16 February 2011

Sylvie M. Miller - THE MAGIC OF YOU

it is to the magic of you
that I owe you
to have stayed on

To the magic of these moments
luminous and revealing
which craving for
I prey upon
every time you create one

Two or three intense moments
which life and derisory things
keep drowning in my memory

Two or three dispersed moments
whose wave
- as I walk in the rain,
hesitating to leave you -
comes and electrifies me


Sylvie M. Miller
from the original text in French

Monday, 27 December 2010

Nima Youshij - NEIGE


Ça n'est pas sans raison que les jaunes sont rouges
sans raison que le rouge éclabousse le mur
on voit monter l'aurore derrière le mont Aza
mais sans voir
Vazana

aux vitres des fenêtres,
le grain de la lumière
livide de la neige
met tout en confusion

on ne voit pas Vazana

mon cœur est oppressé par ce sombre serail
qui tue ses invités
les jetant, anonymes, les uns contre les autres
engourdis de sommeil 
incongrus
hébétés


Nima Youshij
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Wednesday, 22 December 2010

Nader Naderpour - LA CRAINTE DU PHOENIX

Je suis l’oiseau fabuleux des sommets gris
chaque matin
le soleil pose un baiser sur mon aile
la montagne
ancienne
devant moi se prosterne
mon esprit tourne dans le ciel
mes ailes s'ouvrent comme une tente sur l'envergure des sommets
pour qu'y grandisse au coeur des pierres
un arbre
au creux de la poitrine de leur oiseau bariolé
Je fais courber mon bec tranchant au sang du ciel innocent
on ne voit de moi qu'une pointe
d'étoile clair et minuscule
Aux yeux des astres, mon envol
est un éclat de la montagne
qui se sépare d'un rocher
Plus amer qu'un premier lait
je dors au creux des nuages
le courant des vents n'a pas
droit de passage derrière moi
aux yeux du ciel
mon visage dans le miroir du matin
est porteur de bon présage
aucun oiseau n'ouvre ses ailes
de la peur qu'il aurait pour moi
tandis que du haut des montagnes
je scrute la terre en bas
je mouille l'oeil du spectateur envieux de larmes
pour qu'il ne remplace pas son sourire
par la rancune
Mais en ce sein qui est le mien
une crainte dort
celle qu'un jour
je sois précipité en bas
des sommets de ma fierté
celle que l'âme de la montagne
ma bien aimée
me crie:
Pas là: les gens y tirent! tirent! tirent!


Nader Naderpour
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Sylvie M. Miller - AT NIGHT

At night
In unsighted rooms
I sleep in other beds
Where I bury your absence
The uproar of your silence
And it is a large orphanage
Where I drag my sheets through dormitories
In search of scriptures
From one end to the other of childhood
Without ever finding
That marvelous parent willing to adopt me

Sylvie M. Miller
Translated by Tatul Sonentz

Odeh Kraskian - YOU

At first sight I thought I knew you.
But who are you really?
Are you an object? A sordid something
on auction for the highest bid?
A thing to be bought and sold
in the blink of an eye…

Or, maybe a house? A stunning mansion
with no chimney.
A fireplace without a hearth.
A fine kitchen with no oven, or a bedroom
With no room for a bed…
You may be a yacht. A dazzling vessel
with no rudder or anchor.
A train lacking a locomotive.
An expensive car with recalls on its engine,
or maybe a bicycle with no breaks…
You might be a flower. A beautiful red rose
with bloody thorns
where moist petals should be.
Or simply a cactus in an arid desert…

You could very well be
an alcoholic drink, something
like Tequila of the cheapest brand --
the kind that bestows on you
the worst hang-over the next morning….

Whatever the reason, at the very first sight
I thought I knew you…

Now, in your darkness, I can see the light


Odeh Kraskian

Thursday, 9 December 2010

Ahmad Shamlou - RESURRECTION

Poussière
je deviendrai,
riche de la terre
L'air
prendra possession de moi
comme d'un ventre de femme
L'inertie froide de mon corps, fait de poussière,
sera mon poids
la sensualité des bras qu'aura ma brise,
mon tourment
mon regard posé sur moi, mon supplice
tant de fois
et
pour mon oreille endurcie
je ferai une litanie
des paroles coutumières


Ahmad Shamlu (1925-2000)
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Forough Farrokhzâd - LE MUR

Quand viennent 
ces moments brefs et froids,
tes yeux sauvages, silencieux,
lèvent un mur autour de moi

Je fuis sur les chemins perdus
jusqu’à ce que des champs paraissent sous la poussière de la lune
jusqu'à ce que nous ne fassions
qu'un
dans les sources de lumière
jusqu'à la brume chamarrée des chaudes matinées d'été

Je fuis jusqu'à ce que ma robe déborde de lys du désert

jusqu'à ce que nous entendions
tous deux
le coq qui appelle depuis le toit du villageois
jusqu'à ce que de tout son poids
mon pieds foule l'herbe du désert
ou que je m'y désaltère
de rosée froide

jusqu'à ce que sur une grève
vide
du haut de ses rochers
perdus dans l'ombre nébuleuse,
j'échappe aux choréographies
des tempêtes sur la mer


jusqu'à ce qu'en un soir lointain,
- comme les pigeons sauvages,
j'entreprenne le parcours 
des champs, du ciel, des montagnes

jusqu'à ce que les oiseaux

du désert
crient de joie
d’entre les broussailles sèches

je t'échappe pour que  - loin de toi
je trouve le chant de l’espoir, ainsi que tout ce qu’il contient

mais avec leur cris éteint
tes yeux me brouillent le chemin

vers la pesante grille d'or

qui conduit au palais des songes,
levant un mur autour de moi, comme la destinée d'un jour,
au plus fort de son mystère

j'échappe à l'envoûtement des victimes hésitantes,
je me défais comme le parfum 
de la fleur coloriée

des songes,
m’agrippe à l'onde des cheveux de la nuit dans le zéphyr, 
m'en vais accoster le soleil


dans un monde qu'un confort perpétuel a endormi 
je trébuche avec douceur sur un nuage doré,

la lumière lance ses griffes

au travers du ciel égayé,
en une harmonieuse esquisse

C'est de cet endroit-là qu'heureuse
et libre, je fixe mes yeux
sur un monde où le sortilège

de ton regard construit un lien avec un regard confus

Un monde où tes yeux envoûtants,
au plus fort de leur mystère,
lèvent un mur sur leur secret




Forough Farrokhzâd -
traduit du persan par Sylvie M. Miller

 

Saturday, 4 December 2010

Ahmad Shamlou - LE SILENCE

le silence de l’eau peut
être l’absence de pluie
et
la soif qui appelle

le silence du blé peut
être la faim, la clameur triomphante
des famines

tout comme le silence que
le soleil fait
est le zénith

mais le silence d’un homme
c'est qu'il pleure le monde
et Dieu,

Fais de tout cri
une effigie



Ahmad Shamlou -
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Tuesday, 30 November 2010

Ahmad Shamlou - LE FROID EN MOI

Si mon coeur, ma main tremblaient
c’était de peur que l’amour fuie
non pour un vol
mais un abri

Amour, amour, je ne vois pas 
paraître ton visage bleu

C’est une fraîcheur de baume sur la brûlure d’une plaie
pas la ferveur d’une flamme pour le froid qui est en moi

Amour, amour, je ne vois pas 
paraître ton visage en feu *

Un voile trouble de répit sur une présence de minuit,
Délivrance quand elle s’enfuie…

Le soir sur le calme bleu
et sur l’arbre de Judée - les folioles en frondaison

Amour, amour,
je ne vois pas
paraître tes tons familiers. 


Ahmad Shamlou
traduit du persan par Sylvie M. Miller

* en feu: "rouge" dans le texte d'origine.

Sunday, 7 November 2010

Sylvie M. Miller : PRETEND

He said
"Pretend you are a princess
lost bare footed in the sand
where, having recognized you ,
dawn bows in awe
He said
"Pretend you are water
under the sand's
mercurial fingers
whence men of war - having found
and drank from you - 
are shepherds now,
divining,
in their search of wells
Time was too short for me to say :
"Pretend you are a man of war
riding on the morning light.
Your divining rod : a sword, 
golden on the rising dawn
Your princess freed : a water spring 
singing 
at the foot of trees



Sylvie M. Miller
translated from the original text in French

Friday, 11 June 2010

Sylvie M. Miller - THE TWELVE ACRES OF MY YOUTH

Six months ago I planted
Geraniums on the terrace
And when I started
Pulling out the dead stalks
My fingers felt my childhood

Entire grounds of geraniums
On twelve acres of garden

Stubborn scent that I demand
And demand again of my fingers

But six months now
The acres
Of my childhood
Wither away



Sylvie M. Miller
Translated by Tatul Sonentz

Sylvie M. Miller - TU SERAIS UNE PRINCESSE

Tu serais une princesse
M'a-t-il dit
Tu serais
Égarée et foulant de tes pieds nus les sables
Où t'ayant reconnue
L'aurore se prosterne

Tu serais une source
M’a-t-il dit
Tu serais
Ensablée sous les doigts mercuriaux du désert
Où – de t’avoir trouvée puis bue, des saladins
Transhument – puisatiers

Je n’ai pas eu le temps de lui dire
" Saladin,
Tu monterais l'aurore
Ton sabre de sourcier :  l 'or où l 'aube renaît
Ta princesse sauvée : l 'eau vive au pied des arbres "


Sylvie M. Miller
Juin 2010

Saturday, 15 May 2010

Sylvie M. Miller - UNE BRANCHE UN CORBEAU

une branche un corbeau
le brun des néfliers
sur un fond de bouleaux
la terre qui se tait
le corbeau qui s’envole
et la fable qui dit

Corbeau quitte son nid
l’histoire peut commencer
ne reviendra pas tant
qu’elle n’est pas terminée *

- ne reviendra pas tant 
que je me souviendrai -

la mémoire qui s’étire
qui ne sait que s'enfouir sans jamais s'étaler
qui ne sait que conter
le brun des néfliers
la neige,
les bouleaux,
les virées de corbeaux
volées d’ailes, de vents,
de vents et de cyprès

l'acacia pris d'assaut
par le cri des corbeaux
le corbeau dans son nid

mon histoire est finie


Sylvie M. Miller
mai 2010


  قسه یِ ما به سر رسيد كلاغه به خونش نرسيد *

Monday, 3 May 2010

Sylvie M. Miller - VENT SOMBRE DES CYPRES

vent sombre des cyprès
pesant sur les jardins
comme des minarets
bise étrange d'hiver
qui presse à l'éclater
le fruit des grenadiers
quand la saison des loups
craque sur les carreaux
embués de chez nous
buée d'or et d'orange
aux parois des théières
en porcelaine blanche
souffle soyeux et rond
des volutes de thé
cuivre au teint patiné
d'un samovar ancien

cyprès sombres, jardins
buée d'or et d'orange
volutes aux théières
bise étrange aux carreaux
la mémoire embuée
le korsi * qui s'éteint
et ce froid qui m’étreint

Sylvie M. Miller
23 janvier 1982

* korsi : ( کرسی ) table couverte d'un tapis, sous laquelle on glisse les jambes après y avoir placé un réchaud rempli de braise

lire la signification de KORSI dans Wikipedia

Sohrab Sepehri - DERRIERE LA TERRE AUX CYPRES


Derrière
la terre aux cyprès
la neige
la neige

une virée de corbeaux
le sentier parle
d'errance,
de vent, de chant, de voyageur,
et d'une envie de sommeiller

les branches du lierre, l’arrivée,
la cour
moi
ma nostalgie
et ce carreau trempé de pluie
j’écris -ces deux murs
ce moineau
l’espace

un tel a du chagrin
l'autre tricotte
un autre chante
un autre compte

la vie
c’est un étourneau
qui s'envole

qu’est-ce qui t'a fait de la peine ?
les bonheurs ne manquent pas
prends ce soleil
prends l’enfant d'après demain
le pigeon de l’autre semaine

quelqu’un est mort cette nuit
mais le pain de blé reste frais
et l’eau coule encore en bas

les chevaux boivent
les gouttes dans le flux de l'eau
le silence sur la neige
et
le temps sur le pilier
de l'inconstance des lilas


Sohrab Sepehri
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Sunday, 2 May 2010

Sohrab Sepehri - LE VECU

un jour
les portes s'entrebaîllèrent :
de feuilles - pas
de branches - aucune

c'était là le vieux jardin

les oiseaux de ces hauts lieux
étaient éteints
mornes, ici
ternes, là
la morosité régnait

en cet aire, loups et moutons marchaient de front
le bruit, la voix manquaient de tons

avait-on donc rangé l’écran ?

moi parti, lui en-allé
on nous avait privés de nous
marginalisé la beauté

toute eau était devenue mer
chaque vécu
du passé


Sohrab Sepehri
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Thursday, 15 April 2010

Sylvie M. Miller - TROP PROCHE POUR QUE TU ME VOIES

Tout près,
j'habite
encore plus près
trop près pour que tu me voies
si tu évites les orages,
si tu évites les fossés
noyés d’orties après la pluie,
les branches basses alourdies, jusqu’au sol où les chevilles
- trop hardies
s’entortillent,
les mares pleines de crapauds qu’on s’attarde à écouter,
j’habite
ici,
tout près d’ici
écarte toi, tu me verras
assise dans ce même endroit baigné de lune et de soleil
trop proche pour que tu me voies


Sylvie M. Miller
avril 2010

Monday, 12 April 2010

Sylvie M. Miller - DANS CE VILLAGE


Le vent, ça s'envole
avec tout :
avec les pensées,
les cheveux,
avec ma robe
qui plaquée contre mes cuisses
veut m'emporter
dans ce village où je passais
mon enfance à
m'envoler


Sylvie M. Miller
avril 2010

Friday, 19 March 2010

Forough Farrokhzad - O AMOUR , AMOUR UNIQUE ENTRE TOUS

O Amour

Amour unique entre tous,

qu’ils sont sombres ces nuages
conviés par le soleil
pour regarder monter
le jour

Comme si cet oiseau là ne se voyait qu'au tracé
de l'évocation d'un vol

Comme si ces jeunes feuilles que le désir fait soupirer
n'étaient que l’imagination
de marges vertes

Comme si
la flamme pourpre
qui brûle dans la mémoire transparente des carreaux
n'est due qu'à l'évocation innocente
de la lampe


Forough Farrokhzâd - tiré du poème "Croyons en ce début de saison froide"
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Monday, 8 March 2010

Nima Yushidj - LE CANARI DIT


Le canari dit
Notre sphère est similaire
aux cages à barreaux d'or
et à mangeoire de faïence

le poisson rouge transcrivit
son plateau du Nouvel An (*)
en rondes où
chaque printemps se cristallise

le vautour dit : Mon errance
en est une sans égale
et donne corps à la mort

le requin dit que la terre
est une table d'abondance
d'où montent les océans

l'homme,
le seul qui, parmi eux,
fut habillé,
ne dit rien
Sa manche était trempée de larmes


Nima Youshij (1896-1960) - traduit du persan par Sylvie M. Miller

* Le plateau du Nouvel An s'appelle le Haft Sīn (هفت سین) ou les sept "S". C'est une tradition importante du Nouvel An ou " Nowruz" . Le Haft Sin comprend 7 éléments spécifiques dont le nom commence avec la lettre S ou Sīn (س) dans l'alphabet persan. Chaque élément correspond symboliquement à sept créations et sept bénis immortels qui les protégent. L'un de ces éléments est un bol rempli d'eau avec un poisson rouge pour représenter la vie à l'intérieur de la vie et le signe astrologique des Poissons que le soleil quitte au printemps.

Sunday, 28 February 2010

Shirin Ghobadi - SOARING PHOENIX

Falling from the heights
I came across a Phoenix
soaring to unite with the sun


Shirin Ghobadi
February 2010

Shirin Ghobadi - THE PERFECT WOMAN

It's Friday and I'm sitting next to an empty chair
that looks like a four legged beast
whose austere stare gnaws at my heart
whose rough arms strangle my soul
What else could I compare him to? A cup? A Stone? A Sword? ---
This man who sits next to me each Friday
and repeats the lines from the same poem –
titled” The Perfect Woman”


Shirin Ghobadi

Thursday, 18 February 2010

Sylvie M. Miller - AILLEURS


J’habite ailleurs

Pas l'ailleurs que tu connais
plus loin,
si tu prends de biais

tu entendras le tintement
de la lumière sur le temps
c'est la cloche du portail
qu’il te faudra pousser du doigt

et si le bois en est gonflé
d’une récente nuit de larmes :
de la main ou des deux bras

et si les gonds en sont rouillés
parce que mon cœur s’est endurci :
de tout ton corps

mais attention ! ne perds pas pieds
mon portail ouvre sur le vide
et tu pourrais culbuter
dans un à-pic

tout en bas
mon alambic dans les bras
je t'attends devant chez moi


Sylvie M. Miller
février 2010

Tuesday, 9 February 2010

Sylvie M. Miller - LA MAGIE DE TOI

C'est à la magie
de toi
que je te dois
d'être restée

à la magie de ces moments
lumineux révélateurs
qu'avide
je guette en toi
chaque fois
où tu les crées

deux trois moments
d'intensité
que la vie et le dérisoire
font s'embourber
dans ma mémoire

deux trois moments
diffus dont l'onde
-lorsque j'erre sous la pluie,
hésitante à te quitter -

m'électrifie


Sylvie M. Miller
fevrier 2010

Thursday, 4 February 2010

Seta Krikorian - LIGHTSTAR - In Memory of Vigen Zacarian

I sprinkled
Red roses on your tombstone
And filled your bursting silence
With dazzling scents…

My tears punctured
Your stone…


Seta Krikorian
translated by Tatul Sonentz

Tuesday, 2 February 2010

Nader Naderpour - LA PLACE

La nuit s'élargit
dans l’espace
comme une corolle noire

La pluie très fine
le parfum
des acacias
passée la place
aux bras charnus
de la rue
le grain de beauté des lampes
la jambe des femmes, blanche
et nue
comme le cou d'un cygne

mes bâillements qui priment sur
mon regard
et sur mes pas


Nader Naderpour
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Saturday, 30 January 2010

Nader Naderpour - PRESAGE

O Homme infortuné, vois
comme les paumes de tes mains
sont sèches et vides

Ici, c'est un désert salé
sans repère
inconnu
au ventre vide
de bourgeon

Pas un cheveux en ce désert
ne remplace la pousse d'herbe
Pas une source ne répond
A la goutte de sueur
Et ce serpent sinueux
qui n'a donné que son venin
de malheur
c'est la ligne de ta vie
où tu dois te lamenter

O Homme infortuné,
regarde au ciel ton destin noir
Si le printemps de ton cœur n’avait pas porté de fleurs
aujourd'hui, en son crépuscule,
ta vie n’aurait
pas une étoile

Oh homme infortuné
Lamente-toi


Nader Naderpour (1929-2000)
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Nader Naderpour - DOUBLE EPINE

Tu es cette vallée verte
sans soleil
où le printemps
répand la lune

Tu es le cri du canard
qui cherchant une âme soeur
poursuit les siens
à tire d'ailes

Tu es Nuage -
Ce nuage
Affligeant, verseur de larmes
Sur la face des montagnes

Tu es le soleil souffrant
d’avant le soir
verseur de poudre de chagrin
sur ma mémoire

Tu es la crête des contrées
montagneuses
du matin
qui façonnent en couronne
le sourire du soleil

Tu es le berceau des futaies
ivres
qu’obstinée la brise
agite et fait osciller

Je te connais d'un autre monde
ma nourrice t’a allaitée
depuis les temps immémoriaux

En ces nuits sombres,
sans lendemain
tu es lanterne,
ton amour
l’ombre répandue par moi

Dieu a cousu
sans les relier
nos cœurs sur une épine double

C'est un charme -
et le sang
de l’âme sur cette épine froide
ne se lave pas aux larmes


Nader Naderpour
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Kostan Zaryan - UNE FEUILLE

Quelqu’un m’a donné une feuille
rapportée des bois voisins

Une simple feuille

On dirait une chose en bronze
à peine retirée du feu,
un quelconque objet fragile
que l’automne aurait lavé
de son haleine frissonnante

On dirait que c’est la plume
en feu d’un oiseau royal

je la retourne entre mes mains
je l'admire comme on ferait
d’ une offrande rarissime

Au bout de mes doigts émus
ce que j'entends sont tous les bois
qui se plaignent et gémissent

L’automne est parti, tout tremblant,
et c’est une autre saison
qu'on a arrachée à nos coeurs
puis perdue

Un espoir qu’on alluma

L’histoire muette de nos vies

Un chant doré dont les voix
furent dispersées

Je m’approche de la cheminée
et vers sa flamme,
tends mes doigts transis de froid
par le trépas de l’automne


texte original de Kostan Zaryan (1885-1969)
traduit par Sylvie M. Miller

Thursday, 28 January 2010

Zahrad - FEMME NETTOYANT LES LENTILLES

Une lentille – une lentille - des lentilles - une lentille - un cailloux
lentille – lentille – lentille – cailloux
une verte - une noire - une verte - une noire –
un cailloux
une lentille verte
une lentille près d'une lentille
un cailloux près d'une lentille
soudain un mot - un mot à côté d'une lentille
puis des mots - une lentille - un mot –
un mot à côté d'un mot - une phrase
un parler dénué de sens
une chanson en lambeaux
un rêve ancien
puis une vie,
une autre vie près d’une vie - lentille - vie
une vie facile - une vie dure – pourquoi facile ?
pourquoi dure ?
Mais des vies
côte à côte –
une vie
puis un mot - un mot
et puis
une lentille
une verte - une noire - une verte - une noire
une douleur,
une chanson verte
une lentille verte
une lentille noire –
un cailloux
lentille – cailloux - cailloux - lentille.

Zahrad (1923 - 2007)
traduit par Sylvie M. Miller
à partir de la traduction de Tatul Sonentz

Sylvie M. Miller - FROID D'AUTOMNE

Là, prise à ton chandail
Une émotion de roux
De jaunes de grenats
Des arbres qui défaillent
Et ce froid sur ta joue
De l’entre-chien-et-loup

Sylvie M. Miller

Sylvie M. Miller - ODALISQUE

Dans son grand lit défait d’odalisque épousée
La terre a des soupirs d’amante
Les bras en fût de grenadiers
Elle porte à ses doigts de captive adulée
Des anneaux d’amarante
Des cymbales aux mains
Qui, secouées au vent
Sont sinoples remués aux marges des nuages


Sylvie M. Miller

Sylvie M. Miller - PLAGES OCEANES

Le vent traîne et dispose et disperse et reprend
Son haleine en soufflant, au cou brûlant des choses,
Ses verreries instables

Escarres de basalte empreintes dans la roche :
Comme transies les mains de moribonds s’accrochent
Au carcan des balises

Des fous de mer informes, empêtrés dans les algues,
Se hérissent et sifflent aux geôles des vagues
Un appel de busards

Vois - la falaise infirme et broyée de ressac
Se rebelle et supprime au bourreau qui l’attaque
Là, ce menton, ce front de belluaire triste

Et ces vaines levées de bras en obélisques,
Armée vertigineuse aigue d’épaules froides,
Comme des gueuses nues, debout contre le soir

Là, des conques ouvertes par quelque mage sourd
Qui, fourvoyé, se prête aux marées à rebours

Marelles à l’envers, creusées d’autres rouages,
Où, bouffonne nomade dans le cirque des jours,
L’Ecume femme-à-barbe dépose, pour tout gage,
Ses hardes déferlantes

Volte-face océane au galop de manège
Au parcours en soupente

Autre érosion muette

Autre fête
Autre plage


Sylvie M. Miller

Monday, 25 January 2010

Molawi - NE T'AI-JE PAS DIT?

Ne t’ai-je pas dit
Ne va pas là
car ta famille - c’est moi,
Moi, la seule source de vie
en ce monde transitoire?

Et si de rage tu parcours cent mille ans pour t’éloigner
De moi vers l’éternité,
Je serai ton point de retour
Car je suis ton aboutissement

Ne t’ai-je pas dit
ne sois pas
satisfait des plans du monde
car je suis celui qui peint
l'enceinte
de ta béatitude ?

Ne t’ai-je pas dit
je suis la mer,
toi le poisson
ne t’assèche pas
car je suis ton eau limpide?

Ne t’ai-je pas dit
" Evite -
les mailles où tombent les oiseaux,
viens à moi qui suis la force
de ton vol, tes ailes,
ton pas " ?

Ne t’ai-je pas dit:
laisse les
t'isoler,
te
décourager,
c’est moi le feu, le rayonnement,
la chaleur
que tu respires?

Ne t’ai-je pas dit
tu as
des faces laides cachées en toi?
Sépare-t'en
car c’est moi
la source de tes qualités

Si la lumière est dans ton coeur
sache où trouver ta maison
et si tu es loyal à Dieu
je suis ton âme
Sache-le



Molana Djalal Eddin Mohammad Molawi Balkhi Rumi (1207–1273)
traduit du Persan par Sylvie M. Miller

Sunday, 24 January 2010

Nader Naderpour - POEME LYRIQUE 3

Ton amour
en mes vieux jours

m'a rajeuni,
égayé mon coeur exilé,
mis les teintes de l'aurore sur l'horizon de mes nuits,

mis dans mes mains, le miroir
du ciel, pour que mes bonheurs
y renvoient un monde bon,

mis dans mes larmes une clarté
qui, courbée, remplit mon oeil
d'une brassée d'arcs en ciel,

multiplié par millier
sa mémoire pour engranger
la mémoire du monde en moi

balayé l'abattement, l'amertume de mon coeur,

m'a emporté dans le flux de mon désir ardent de toi
d'où s'est enflammé la joie,comme un présent dans ma vie;

m'a moulé à ton effigie
fait de toi ma confidente

Pour faire vivre mes couplets
je n'ai de meilleur témoin que Hafez,
par ses propos.

Ma nuit de solitude était un projet qu'avait la vie
et
bienveillance infinie,
mon hallucination de toi


Nader Naderpour(1929-2000)
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Ahmad Shamlu : RESURRECTION

Poussière
je deviendrai,
riche de la terre
L'air
prendra possession de moi
comme d'un ventre de femme
L'inertie froide de mon corps, fait de poussière,
sera mon poids
la sensualité des bras qu'aura ma brise,
mon tourment
mon regard posé sur moi, mon supplice
tant de fois
et
pour mon oreille endurcie
je ferai une litanie
des paroles coutumières


Ahmad Shamlu
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Wednesday, 20 January 2010

Sohrab Sepehri - WHERE IS THE FRIEND'S HOUSE?

“Where
is the friend’s house?”
asked the knight at dawn --
the sky was hesitant…

The traveller’s mouth extended
the branch of light to the shadows
of the sand and spoke aligning a poplar
to his pointing hand:

“Before one gets to the tree
there is the alley
leading to a greener garden
than God’s own vision…

“There
you will turn
towards the flower of solitude
a mere two steps before you reach it
stop and rest at the foot
of the unquenchable
fountain of earthly fables
as a translucent fear overtakes you
and you hear a stroking swish
in the fluid loneliness
of space…

“You will see a small child
climbing a tall fir tree to take a chick
from the nest of light --
then you will speak
and ask him:

“Where
is the friend’s house?”


Sohrab Sepehri
Translated by Tatul Sonentz
from the French translation of Sylvie M. Miller

Tuesday, 19 January 2010

Nader Naderpour - IVRESSE

Il pleut
Le temps et moi sommes saouls,
et ivre, le vin rouge et doux
dans sa cruche

De bout en bout
ses yeux noirs - une caresse -
Revélé, mèche par mèche, le détail de
ses cheveux longs


Nader Naderpour
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Verjihan Ziflioghlu - ROADS OF NO RETURN

If you leave your dreams behind
even once
do not ever turn back
keep going
keep running
panting, sweating…

If you leave dreams
behind
may the roads be one way
no return

Run.


Verjihan Ziflioghlu
Translated by Tatul Sonentz

Nader Naderpour : LE REGARD

Aux vitres,
une grosse araignée venait de repriser sa toile
Avec le diamant de tes yeux
elle fit une ligne sur la vitre
qui se brisant, s'éparpilla
dans le silence des arbres

Restent la lune et tes yeux
qui me fixent du regard


Nader Naderpour (1929-2000)
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Monday, 18 January 2010

Nader Naderpour - GOLEH YAKH (Fleur de Glace - Chimonanthus fragrans)


Flambantes, les fleurs et les broussailles
ont pris des couleurs de sang ,
la démence -
ma nuit d'étoiles

Laisse
que j'entaille
ma veine malade,
car le printemps y est mort et l'automne y est sans voix

L'arbre mouillé qu'était mon corps
était couvert de fleurs de sang

La fièvre vive de l'amour
l'a consumé,
ébranlé,
dans son tronc et son feuillage

Une soif
fleurit en lui, qui lui donna sa chlorophylle,
et dans les étincelles du vent, ses fleurs s'enflammèrent au printemps

Que faire?
Le printemps est mort et la brûlure du froid est là

le Goleh Yakh goutte sur moi, comme la rosée matinale

Viens ici ! Toi, qui flamboie comme le vêtement du vin
Brûle, Oh fièvre du zénith qu'aurait un ciel de printemps!

Mon fagot de fenaison !


Nader Naderpour (1929-2000)
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Nader Naderpour - NEIGE -

La neige a pétri sous ses pas
le parfum qu'ont au printemps, les violettes sous la neige

la terre souffrante en son âme
d'un désir caché de pluie
s'est mis, ce soir, un bouchon
d'ouate neigeuse dans l'oreille

Qu'une ville soit remplie
de bavardages perpétuels
et elle devient le regard
limpide du ruisseau plein d'eau,
les cils persistants du cyprès
que la neige a recouverts

Parfois la neige s'affaisse
d'une branche comme une larme
échappée d'entre mes cils
sa moiteur, comparable à la moiteur de la pluie
sur l'aridité de mon coeur

Je pleure à côté du miroir
dont l'oeil enorme est ouvert
et au travers de mes larmes
ton visage tremble

Dans un vieux cadre sur le mur
la bouche glacée du miroir
pose un baiser sur le grain
de beauté noir sous tes lèvres

je vois la ligne dépitée de ta bouche
dans le miroir
la lumière de tes yeux chauds dans son oeil illuminé

Je la voudrais sortie du cadre
mais il est tard, mon triste espoir,
tard et la bouche du miroir
a avalé ton effigie
d'un trait
ainsi qu'une eau potable

Mais tel un orphelin de mère
mon coeur me crie que tu es là
On parle du bruit de tes pas
tout près qui parcourent le pavé,

Le vent nouveau a rapporté
de loin, le souffle du parfum
des violettes du désert


Nader Naderpour (1929-2000)
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Nader Naderpour - LE JARDIN

Mille années n'ont pas suffit
Mille ans ne suffiront pas
pour redire cet instant éternel qui s'est enfui

cet instant où tu t'es mise toute serrée contre moi
cet instant où je t'ai prise et t'ai serrée contre moi
au jardin de notre poème
dans la lumière hivernale de l'aube de notre poème
un poème qui est l'endroit où nous sommes nés, toi et moi,
un poème tombé sur terre
une terre qui - parmi les astres -

est une étoile


Nader Naderpour (1929-2000)
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Nima Yushij - MA MAISON EST SOUS LES NUAGES -

Ma maison est sous les nuages
et la terre d'un bout à l'autre est nuageuse avec elle

Vicié, ivre, délabré, le vent s'engouffre en tournoyant
du haut du col

C'est lui, la cause du chaos où sont la terre
et mes sens.

Oh, toi joueur de pipeau qu'un chant de flute a éloigné, où es-tu ?

Ma maison est sous les nuages
mais les nuages sont pris de pluie

Dans l'attente de mes jours lumineux et révolus,
c'est à la face du soleil que je dirige mon regard
sur l'espace vide de la mer

Et la terre entière est vice et destruction, à cause du vent,
et pour le joueur de pipeau qui joue toujours de sa flute, en ce monde nuageux,
le chemin est tout tracé


Nima Yushij (1896-1960)
Traduit du persan par Sylvie M. Miller

Thursday, 14 January 2010

Ahmad Shamlu : A L'AUBE

Un oiseau prit son envol, du plus lointain du zénith

La nuit se demanda pourquoi, se rendormit

L'oiseau poussa un soupir,
ouvrit ses ailes, les referma
puis,ne pouvant reconnaître le chemin jusqu'à la nuit
se posa en plein midi

Moi, je suis cet oiseau là, que le zénith insupporte
ma chanson n'est que soupirs, mon eau, un ruisseau de sang
ma graine, prise dans les mailles des constellations rusées
mon nid, logé sur le berceau suragité des suspicions

Si le nid bouge,
avec lui
tombe l'assise de l'oiseau, limant son âme de ses cris

Mon dieu! Si l'on ne pouvait questionner ton existence
une telle obscurité reignerait-elle en ce monde?
Tu es venu spontanément dans cette prison du doute,
Venu de nuit, en portant des lanternes de soleil

Moi, je suis cet oiseau-là dont le chant n'est que soupirs
C'est à son luth que se jouent la peine des gens sans espoir
C'est lui qui pleure après la nuit,
lui qui l'enchante
- cette nuit -
ravie de cet oiseau là, dont elle engendre les cris

En son gouffre, il bat de l'aile
parfois - parfois,
il se plaint de la douleur qu'est la vie

Si la nuit ne s'était pas grisée
d'écouter ses cris
ce lien n'existerait pas
à la patte de l'oiseau

Quel malheur si le soleil marque au fer
un géôlier
de passion pour son prisonnier!

Moi, je suis cet oiseau-là,
ni plus ni moins que lui, je suis
un navire
renversé sur l'océan du chagrin,
si mon espoir souffle un brin,
mon océan sera clément d'ici jusqu'au dernier jour
s'il se retient, nous serons,
la mer infinie et moi,
une sépulture - auquel cas
je ferai rouvrir moi-même les flots du vieil océan
je hélerai l'espoir: "Accours!
Héros et apporte une pelle avec toi!"

Je ne me suis défait ni de l'espoir,
ni du chagrin
et en ce juste milieu, je bas de l'aile comme je peux

Moi, je suis cet oiseau là
qui ouvrit, referma ses ailes
et qui n'ayant pu reconnaître
le parcours jusqu'à la nuit
se posa en plein midi

Ses "non" le blessent dans sa vie
Ses "non" craignent pour des noms

Alors, il balance un soupir au zénith
et puis s'éteint


Ahmad Shamlu
Traduit du persan par Sylvie M. Miller

Thursday, 7 January 2010

Molawi - NE DIS RIEN

Je suis l’esclave de la lune
Ne mentionne que la lune

Auprès de moi,
n'aie qu'un discours de chandelles et de sucre

Ne parle pas de chagrin mais de trésor
ne souffre pas d'être tenu sans nouvelles
Ne dis rien

Hier soir je suis devenu fou
l’amour m'ayant vu, me dit:
"Me voici!
Ne hurle pas,
ne déchire pas tes habits,
ne dis rien"

J'ai répondu: "Hélas, Amour,
c’est autre chose que je crains."
Alors, lui:
"Cette autre chose, vois-tu, n'est plus,
ne dis rien.
Moi, je te dirai des mots
secrets que tu ponctueras
de la tête
sinon à elle
ne dis rien "

Je dis
"Qui donc porte un tel visage ?
Qui de l'ange ou de l'humain ?"
Il dit
"Ni ange, ni humain
Ne dis rien"

Je dis "dis-moi, bouleverse-moi"

il dit
"Sois-le et reste-le,
ne dis rien. O, toi qui vis en cette maison
pleine de désirs et d’illusions!
lève-toi,
pars, plie bagage.
Ne dis rien"


Molana Djalal Eddin Mohammad Molawi Balkhi Rumi
traduit du Persan par Sylvie M. Miller

Molawi - FURTIVE, TU VAS COMME UNE VIE ...

Furtive,
tu vas, comme une vie,
à l'intérieur de ma vie.

Cyprès, tu es ma pavane,
Oh, toi, splendeur de mon jardin!

Ne passe pas sans m'emmener
- sans ton habit -  
Vie de la vie!
Reste à portée de mes yeux,
Oh, ma flamme lumineuse!

J’embrasserai sept nuées, dépasserai sept océans
pour que tu erres, éperdue,
dans ma vie désorientée

Depuis ta survenue en moi, je n'ai de cesse de prier,
de cesse de rendre grâce,
Toi!
dont la vue est ma croyance et le visage, ma religion

Par toi, sans jambes ni volonté,
sans nourriture et sans sommeil,
je vais ivre et souriant,
Oh Joseph
de mon Canaân!

Par ta bonté, je me suis
reconverti à la vie
et je me dérobe à moi
Oh toi qui vas, clandestine, dans le secret de mon être!

A cause de toi, mon regard s'est agrémenté de fleurs
Oh, ton oeil ivre de narcisses!
Oh, branches surchargées de toi!
Oh toi, mon jardin perpétuel!

Un coup,
tu fais lever mon sang,
un coup,
tu m’entraînes au jardin

Tu m’attires sous la lampe, pour que mes yeux s'écarquillent

Ma vie, atome dans l'espace,
semble privée de gravité

Pourquoi, lorsque tu n'es pas,
Pourquoi demander pourquoi?

Oh
Toi, d'où coulent mes quatre sens!


Molana Djalal Eddin Mohammad Molawi Balkhi Rumi
traduit du Persan par Sylvie M. Miller

écouter le poème récité par Ahmad Shamlu

Molawi - SAY NOTHING

I am the slave of the moon.
Speak only of the moon.

In my presence,
Speak of candles and sweets.
Do not speak of pain,
Speak of treasures…
Ignore this absence of news --
Say nothing.

Last night, I went stark raving mad.
Love saw me and said:
“Here I am! Stop howling,
Stop rending your garments --
Say nothing.”

I answered: “Alas, love,
It is something other that I fear!”
He said:
“This other thing is no more --
Say nothing.”

“I shall whisper secret words in your ear.
Move your head to say yes.
Just your head -- and
Say nothing.”

I said:
« This face is that of an angel or a man…”
He said:
“Neither angel nor man --
Say nothing.”

I said: “What is it? Tell me.
Shall I be shattered much?”
He said: “Be as such --
Say nothing.”

O, you who live in this place
Full of design and illusion,
Rise and leave this house. Go!
Pack your things -- and
Say nothing!”



Molana Djalal Eddin Mohammad Molawi Balkhi Rumi
Translated by Tatul Sonentz from the translation of Sylvie M. Miller

listen to the poem read by A. Shamlu

Saturday, 26 December 2009

Tatul Sonentz - MUTED MESSAGE

First snow of the year
life is muffled like the sounds
made by a string ensemble
playing to cuddling earmuffs --
out of sight out of reach to those
stranded in the lone recesses
of a receding lifeline…

* * *
Nothing can speak louder
or freeze colder than silence.
No curse emoted or whispered
can cause the pain that silence can
without emitting a word without
being there – where once moans
of a shared passion steamed
the windowpanes of a place
where one now lives alone
dismissed -- sheltered
yet homeless…

With its meandering flakes
silence descends like a shroud
on the love that once was a home
for what seemed like eternity
constant and ageless –
from lullaby to taps…

* * *

First snow of the year
when desire is muted like
a murmured prayer to gods
long departed…


Tatul Sonentz

Tatul Sonentz - TRESSES

From
Flaming red
To dark chestnut
From muted brown
To all shades of gold
The hair on Eve’s head
Retains its firm grasp
On Adam’s fancy
Despite color
Or shade.

Of late --
In these days
Of high definition
TV sets and i-phones
The color of chocolate
Strawberry or wine
Eve’s black hair
Never turns
White…

No way --
All is in color
Tints of rainbow--
No more black
And white
No more
Gray…

Tatul Sonentz
2007

Saturday, 19 December 2009

Sohrab Sepehri - OÙ EST LA MAISON DE L'AMI?

 "Où est la maison de l'ami?"

s'enquit un cavalier, dans l'aube.
Le ciel nomade fit une pause,
offrit à l'ombre sur le sable
la branche de lumière à sa bouche;
puis, mettant un peuplier à son index,
répondit:
"Avant cet arbre, tu verras
l'allée menant vers un jardin
plus verdoyant qu'un rêve de Dieu;
Tourne à deux pas d’arriver
à la fleur de la solitude
pour t’arrêter au jet d’eau
d'où coulent,
inépuisables,
les romances de la terre
Tu auras peur, d'une peur claire,
Tu entendras le bruissement liquide et secret de l'espace

Puis tu verras,
grimpant au tronc d'un haut sapin,
un enfant
venu prendre un oisillon à la nichée de la lumière
et tu lui poseras ta question:
"Où est la maison de l'ami?"

Poème de Sohrab Sepehri
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Saturday, 12 December 2009

Sohrab Sepehri - UNE HALTE DANS L'INSTANT

Si vous venez me chercher :
J'habite
Plus loin que Nulle part

Plus loin que Nulle part
est un lieu

On y voit
des courants d'airs porteurs d'akènes de pissenlits
messagers de la nouvelle fleur née du dernier buisson
sur terre

On y trouve, dans le sable, la trace faite par le sabot
des chevaux dont les cavaliers
graciles
sont montés dans l'aube
sur la colline d'où s'envole l'ascension des coquelicots

L'ombrelle des requêtes y reste
ouverte pour laisser la brise
courir au pétiole assoiffé
d'une feuille

On y entend la pluie tinter.
L'homme y est seul
et dans ce noir
un orme, pour l'éternité,
étend son ombre

Si vous venez m'y chercher
faites le avec précaution, sans faire de bruit,
Dieu ne fasse que se fêle la fine porcelaine de
ma solitude.


Sohrab Sepehri
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Monday, 30 November 2009

Sylvie M. Miller - PEPINS D'ORANGE

As-tu vu comme la pluie
a fait se liquéfier le temps?
Comme le temps s'accroche aux vitres, à ton image, au jardin,
à l'orange que tu manges?

Cette orange que tu manges,
le temps ignore qu'une fois noyé
dans la rainure de la fenêtre
le soleil l'en tirera pour qu'à nouveau,
ce jardinier
relâché dans son jardin
en fasse germer les pépins

Il l'oublie à chaque averse
et s'émerveille à chaque fois


©PPP Sylvie M. Miller
novembre 2009

Sunday, 29 November 2009

Forough Farrokhzad - REBIRTH

My whole being is a dark mishap
which repeated in itself
will take one to the dawn of creation
growth and eternity…

In this mishap I have sighed Ah!
as one sighs Ah!, in a mishap…
I have linked me to tree to water and fire…
Perhaps life is a long street where each day
a woman passes with a basket…
Life perhaps is a rope with which a man
hangs himself from a limb…
Life is perhaps a child on his way back from school…
Life is perhaps lighting a cigarette
in the tranquil interval between two embraces,
or the casual ritual of a passer by with a vacant smile
and tipped hat greeting another with “g’morning…”
Perhaps life is that incarcerated instant
When my gaze decomposes itself
In the melody of your eyes…

And in this awareness
I shall conjugate with the moon’s insight
and the discovery of the zenith in a room
that has the dimensions of a solitude…
My heart, made to measurements of one single love
Wonders at the simple pretexts for its happiness
At the decline of the beauty of flowers in a vase
At the seed you have planted in the flower bed of our house
And at the song of the canaries -- infinite as a skylight…

Ah...
This is my destiny.
This is my destiny.
My destiny is the sky that the hanging of a curtain will deny me.
My destiny is the descent on an abandoned stairway
and arrival at an alien somewhere in decay
My destiny is a mournful stroll in the garden of memory
and in the sorrow of a dying voice that says
I love your hands…

I plant my hands deep in the soil…
They will turn green, I know,
I know I know…
And the swallows will lay eggs in the
palm of my hand with ink soiled fingers…

I hang onto my ears earrings
of twin red cherries
and on my nails I stick petals of dahlias…
There is a street where
boys who were in love with me
with the same tousled hair and thin necks
and skinny legs still dream of the demure smile of a little girl
whom the wind carried away one night…

there is a street which my heart has robbed
from the neighborhood
of my childhood…

The trip is designed in the line of time
and to make the sterile line of time pregnant with form
a design from a conscious scheme returns
through enticing mirrors…

And this is why
one dies
and another stays.

No fisherman looking into a small river
flowing into a low lying field
will ever fish a pearl.

I know a tiny morose fairy residing in the sea
who gusts her heart into a small reedy flute
humming, slowly, slowly…
Just a small sad fairy
who dies at night after a kiss
and rises at dawn
with a kiss…


Forough Farokhzad
Translated by Tatul Sonentz

Saturday, 28 November 2009

Sohrab Sepehri - CALL ME

Call me
Your voice is soothing
soothing as the breath of that strange plant
that exhales melancholy to the borders
of intimacy
I feel lonelier at the mercy
of this dark evening of creation
strung along the lengthy conception
and lingering taste of an alley...

Come
so that I may tell you
how huge my loneliness is --
a loneliness unaware of the significance
of your nightly obsession and assault
on love -- not a person...
Come
so that we may steal life
and then split it between two encounters
Come so that together
we may snatch
something of the nature of the stone
Come so that we may see things faster --
see how the hands of the clock on the screen
of the fountain basin turn time into a sphere...

Come
and mold in
like a word in the sentence
of my switched on darkness...
Come and melt the shimmering sin of love
In the palm of my hand...
Make me warm
as once more in the desert of Kashan
the weather grows cloudy
and a strong rain starts
and I grow cold...
Then behind a rock
a grate of poppies gives me warmth...

In these dark streets
I fear the result of the multiplication
of matches and hesitation
I am afraid of the cemented surfaces
of the century...

Come
so that I may no longer fear cities
where a black soil serves as meadow
for towering cranes
Open me
like a door onto a chute of pears
in this evening of ponderous ascension
Put me to sleep under a tree far from screaming metal...

Call me
If the creator of the morning quarry should call
and I -- in the aurora of a flowering jasmine –
rise under your fingers and orate about bombs
that fell while I slept...
Recite about the cheeks that got wet while I slept
Declare how many ducks flew over the sea
in that street battle where the wheel of a tank
moved over the dream of a child...
To what substance of peace
would the yellow stringed canary fasten its song?
Recite what innocent articles were brought into ports?
Which science looked for the smell of powder
in the positivity of music?
What premonition from the anonymous taste of bread
filtered into prophecy...?

Then --
like a religion rising
from the radiance of the equator
I will place you at the head of an emerging Eden...



Sohrab Sepehri
translated by Tatul Sonentz

Thursday, 26 November 2009

Ahmad Shamlu - LE DECLIN DE LA LUNE

Pour que la lune s'arondisse, je suis resté sur le toit
M'assimilant à l'herbe verte,
à l'agate et au miroir

Au ciel,
une serpe froide
décréta que les colombes
n'y voleraient plus
désormais


Dans le chuchotement, les pins
dirent quelque chose et dans le bruit,
les sentinelles de la nuit
tuèrent les oiseaux par l'épée

La lune, alors, resta cachée


Ahmad Shamlu - tiré du recueil "Abraham dans le feu"
traduit du persan par Sylvie M. Miller

écouter le texte lu par Ahmad Shamlu


Monday, 23 November 2009

Shirin Ghobadi - THE MAN IN ME

She kisses me - like water kissing the earth
melting in the palm of my being
nurturing the oasis of my dreams
She circles the ephemeral orb of my essence
Glides like calming clouds -
across the ever changing plateau of my heart;
She deforms and transforms my memory
liberates me from the confines of time
rescues my vessel in the face of debilitating storms
She is a passionate voice, risen from captive, muted stones
that penetrates and cracks the walls of my qualms
She curves and splinters the dimensions of my soul
sanctioning it to expand, to explore
She is a lover and beloved incarnated in a feminine body
that the man in me, worships, assails, conquers, humbles and then recklessly destroys.
Shirin Ghobadi

Sunday, 15 November 2009

Shirin Ghobadi - No title

The nature is flawed
its seasons are but a hoax
conjured up by ailing Gods
with rotted judgments and perverted hearts
There is only one gloomy, rainy season
through which we crawl, walk and lastly lie
and a river runs through it
that washes away yesterdays and today
silencing our redemption cries
O if we were to see the sun
Our soul would not be so white, so raw, so resigned.
No, all this is but a rainy season
sans a dry note in our prayers, in our songs
Alas, this too is foolish,; desperate; to reach out to a fading sun
for we are too plain , too primal
to be stuff of all seasons.

Shirin Ghobadi

Sohrab Sepehri - APPELLE-MOI

Appelle-moi,
ta voix est bonne
Ta voix est la chlorophylle
de cette plante étrange
dont
aux confins de l'intimité
vient la tristesse

En cette soirée éteinte,
ma solitude s’est accrue
d’avoir voulu composer
sur mon entente d’une rue

Viens
je te dirai combien
est grande ma solitude;
elle ne s'attendait pas
à l'assaut de ton emprise.

c’est là l’intérêt de l’amour
ça n’est pas dans l’individu

Viens
nous volerons la vie,
et nous la partagerons
pour nous y rencontrer deux fois

Viens
à deux, nous comprendrons
l’attitude de la pierre

Viens
Pour que nous voyions
tout plus vite

Regarde à l’écran du bassin
la trotteuse des jets d’eau
qui fait une sphère avec le temps

Liquéfie-toi comme un mot
sur la ligne de mon vide

Viens faire fondre dans ma main
le crime irradiant
de l’amour

Réchauffe-moi

Et le désert de Kashan
à nouveau pris par les nuages
se débride en fortes pluies
Et de froid,
j’ai découvert un foyer de coquelicots
pour me chauffer,
derrière une pierre

En ces ruelles sans lumière
j’ai peur de la conjugaison
des allumettes et du soupçon
Peur de cette ère de ciment

Viens
pour que je n’aie plus peur
des grues des villes dans leurs prés
de terre noire

Ouvre moi
dans l’ascension du soir d’acier
comme une porte sur un tapis
de poires tombées

Endors-moi sous une branche
loin de la nuit des impacts
entre métaux
Et si celui qui découvrit
les carrières du matin
passe par ici
appelle-moi

Je renaîtrai sous tes doigts
dans la naissance d'un jasmin

Après quoi,
Tu me diras les bombes
alors que je dormais
Tu me diras les manières
de la pluie
dans mon sommeil
Et le nombre de canards envolés
dessus la mer

Et de quelle notion de paix,
- lorsque dans cette échaffourée
le rêve d'un enfant était sur le passage du tank-
le canari tissé de jaune
s’est-il inspiré pour chanter ?

Dis moi
quel article pur
a fait son chemin dans les ports?

Dis moi quelle science a detecté
les relents de poudre dans
la musique salutaire?

Dis-moi par quel raisonnement
la saveur secrète du pain
S'infiltre dans la prophétie ?

Alors
comme une religion
chaude des feux de l'équateur
Je te placerai devant
l'allée première
d'un jardin


Sohrab Sepehri
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Thursday, 12 November 2009

Tatul Sonentz - WAKES

His back to the bow
the lone wistful migrant
sits at the stern of the ship
as it plows forth backwards
towards a foreign shore...

His eyes transfixed
on the churning wake
sinking beneath the swell
way before it touches base
with the dim distant edge
where ocean and sky
adhere into one
straight line…

Beyond that horizon
lies another shore
where his past
now mourns
at its own
wake…


Tatul Sonentz

Forough Farrokhzad - BREACHING THE GARDEN

That crow above our heads
bolts from frigid skies
and dives into the chaotic clouds
of an erratic vision
while its cry
like a sharp cutlass
breaches the horizon
to take its scoop to the city…

The whole world is aware
the whole world knows that you and I
know where we first saw the garden
through that sinister icy fissure
and picked the apple
from that taunting, remote branch…
People were appalled
people were appalled while you and I
yielded to water to mirror and to lamp
with no trepidation…

The chat is not about the fragile bond
between two names
and intimacy in the old office storage room…
The talk is about
the ecstatic response of my hair
to your scorching anemone of a kiss
and the intimacy of bodies in bliss
and the radiance of our nakedness
like the scales of fish in water…

The word is about the silvery sparkle of a song
that the small spray of water sings at dawn

One night in these lush verdant woods
we asked the hare
and in these ominous cold blooded seas
the oysters laden with pearls
and on that alien intruding mountain
the young eaglets –

“what shall we do?”

They all knew
they all knew that we had discovered
the path to the cool silent sleep of the phoenix
that we saw the truth in the garden
in the shameful gaze of a flower whose name is lost
along with its survival in one infinite instant
when two suns stun each other…
The word is not about
the petty coward hiding under the sun at its zenith
The word is about day
And open windows
And fresh air
And about an incinerator for singed objects
And a land fertile with foreign seeds
And about procreation
And evolution
And pride…

The word is about our amorous hands
That build bridges with the sounds of scent light and breeze
In the realm of the night…
Come to the prairie
to the wide open fields
And call me from behind the breath
of the acacia flowers --
as the deer does its mate…

The curtains are rich with restrained anger
and the blameless pigeons watch the ground
from the height of their white tower.


Poem by Forough Farrokhzad
translated by Tatul Sonentz

Thursday, 5 November 2009

Ahmad Shamlu - JE NE TE FAIS PAS DANSER COMME UNE VOLUTE BLEUE

Je ne t'étourdis pas
dans une tour de soie
Ni ne te fais danser
sur des plateaux d'ivoire

la nuit d'automne tremble sur
l’âtre éteint d'un nuage froid
et l'aube, en elle,
par sa langueur,
retient l'attente du matin

Deux enfants transis de froid
trouveront-ils à se chauffer
dans l'avant-cour d'une maison ?
Et trois, sur un pavé gelé?
Et cent, dans une rue humide?

Je ne te fais pas osciller comme une volute bleue
ni ne te fais déraper sur des rêves de velours
vers un dessein sans fondation

Née dans un filet d'eau,
la bulle
d'un rire terne ne survit pas
la pluie d'une soirée d'automne

et si ce soir l'amour
pour moi est sans espoir
je resterai le front
pressé contre le seuil

deux enfants maintenant dorment
dans l'avant-cour d'une maison
et trois enfants, sur le cercueil
du pavé froid
et cent enfants, à même la terre humide et morte d'une rue

Je ne te fais pas glisser sur un rêve de velours
vers une rêverie bancale
ni ne te fais t'allonger sur des chimères précoces

Si tu t’assoupis au bruit que fait la pluie sur ton toit,

Si les flammes profilées contre le mur de ma chambre
sont des motifs d'amour,

Si la bulle se referme dans l'eau froide
du ruisseau,

Si la lune chante à la ruelle
que traverse une émotion,

l'avant cour d'une maison
peut-elle réchauffer deux enfants?
et le pavé froid, trois enfants?
et la rue humide, cent enfants?

Je ne t'envoie pas chercher un dessein hors de portée
ni ne te fais osciller
dans la fragrance de l'espoir

Depuis le soleil à la nuit
Un mur de cendres s'est levé
bien qu'entre temps, deux enfants
se soient éteints dans l'avant-cour

et trois enfants, sur le cercueil du pavé froid

et cent enfants, sur l'âtre humide
de la terre


Ahmad Shamlu
traduit du persan par Sylvie M. Miller


Ahmad Shamlu
traduit du persan par Sylvie M. Miller

Wednesday, 4 November 2009

Sohrab Sepehri - LIGHT, ME, FLOWER, WATER

No cloud,
No wind,
I sit on the edge of the pool,
The frolicking fish, the light, me, the flower, the water --
A clear cluster of sustenance.
My mother picks basil leaves --
Bread, sweet basil and chees,
Clear skies, petunias in bloom
Awaiting salvation amidst flowers in the yard.

Into a brass vessel
Light pours a whimsical show,
The stepladder
Brings down the morning
From the high wall.
Behind the secret smile of one and all,
The wall of time has a crevice
Through which one can see my face.

There are things I do not grasp,
I do know
I would die if I picked green grass.

I climb up to the peaks.
I am burdened with feathers and wings,
I see a road in the darkness.
Encumbered with lanterns,
Loaded with sand and light,
With trees and flowers,
I am saddled with roads and bridges,
With rivers, with waves,
I am oppressed by the shadow
Of some leaf fallen in the water.

How lonely is my core...


Sohrap Sepehri
Translated by Tatul Sonentz
from the Armenian renditions
by Edward Hakhverdian

Monday, 2 November 2009

Sohrab Sepehri - BITTER DREAM

The song
of moonbirds,
Some cloud weeps in my room,
The flowers of regret's eyes bloom.
In a coffin at my window
The body of the Orient flutters,
The West gives up the ghost and dies.
The orange-hued plant of the sun
Grows slowly in the swamp of my room.
I am awake,
Don't take me for asleep,
The shadow of broken limbs
Lulled me to torpor in silence.
Now I hear
The moonbirds' melody
And I dispense
Flowers from the eyes
Of regret.

Sohrab Sepehri
Translated by Tatul Sonentz
from the Armenian renditions
by Edward Hakhverdian

Thursday, 29 October 2009

Tatul Sonentz - WINDBLOWN

“Where is that stunning
dark-eyed woman?”
whispered the wind,
as I sat all alone
by the stream,
smoking my pipe...

“What woman?” I replied,
feigning ignorance...

“That rare beauty,
with long, black tresses,”
responded the wind,
“the one in whose eyes
you saw the sun rise
over cloudy days...”

“I don’t really know—
as the sun is my witness...”
I assured the wind, “they say,
a storm carried her away
to a far-off place...”

The wind was silent,
sullen, restless...

so I turned to the sun
and said, “Say something!”
but it wouldn’t come out
from behind a cloud...
I turned back to the wind,
but it too had vanished
without a sound...

Now I sit here alone
smoking my pipe
by the stream.


Tatul Sonentz

Wednesday, 28 October 2009

Ahmad Shamlu - LAST ENCOUNTER

When
The earth's tables
Wash the tears in their rain

When in its roars
The tempest
Slays the song of the pain

In vain you spread
Your tears thus
On the soil

Your knock on the door
With numb fingers
Is futile

I know what you desire
To obtain of this
Return:

Such insistance at the door
Comes from too sated
A solitude

At last I know that you don't fake
The warmth of your tears
For your voice lessens
My pain like a balm

Alas,
Alas,
For you, for me,
The ailment slew the patient
And his pain at once

You! Remedy with no patient

Only a fragment of frosty stone
Remains of this wounded man
And
A trace of smoke


Poem by Ahmad Shamlu
translated by Tatul Sonentz
from the French translation by Sylvie M. Miller

Monday, 26 October 2009

Forough Farrokhzad - RENAISSANCE

Tout mon être est un hélas
sombre
qui te porte en soi
et te répète, lancinant
vers l'aube où poussent
les bourgeons
éclos
de l'éternité

En cet  hélas,
moi, je t'ai
soupiré, Ah! Soupiré,
soupiré tant, que je t'ai
greffé à l'arbre
à l'eau
au feu

La vie peut être est une rue
longue
où passe chaque jour
une femme
avec un panier;
la vie peut être est une corde
sur la branche où l'homme se pend;
la vie peut être est un enfant
qui rentre de l'école à pieds;
la vie peut être est cet instant où deux amants consumés
brûlent une cigarette;
ou le passe-droit étourdi d'un passant qui salue l'autre
d'un sourire vide et du chapeau;
ou bien encore
ce moment
hermétique où mon regard
s'éffondre en écoutant tes yeux;
et dans cet étourdissement
que donne une impression de lune
et de soleil
en même temps

Dans une chambre ramenée aux dimensions d'une solitude,
mon coeur, à l'échelle de l'amour,
contemple les prétextes simples qui lui donnent son bonheur
comme la beauté déclinante de fleurs coupées dans un vase
comme la graine que tu plantas
dans le parterre du jardin
comme le chant des canaris
aux mesures d'une fenêtre

Ah!
Voici ma destinée,
Voici ce qu'est ma destinée...
Ma destinée est un ciel
qu'un nouveau rideau posé,
m'enlèvera
Ma destinée est la descente d'escaliers abandonnés
pour y dénicher une chose
imputréscible et révolue
Ma destinée est ce parcours endeuillé dans les allées
du jardin de ma mémoire
et la nostalgie d'un râle qui me dit
"j'aime tes mains"

J'enfouis mes mains dans le jardin
pour y grandir
et je suis sure,
sure
que je grandirai
et qu'entre mes doigts tachés d'encre
les hirondelles feront leurs nids
Je prends comme pendants d'oreilles
des cerises rouges
assorties
je colle
aux ongles de mes doigts
des pétales de dahlias

Il existe une ruelle, où mes amoureux, encore,
rêvent,
toujours échevelés, avec leur cou effilé,
leurs jambes dégingandées,
du rire candide d'une enfant
qu'un soir le vent a emportée
Il existe, une ruelle,
dans les quartiers de mon enfance,
que mon coeur leur a volée

Le voyage donne sa forme à la ligne sèche du temps
Qui, stérile, n'est engrossée que dans le reflet d'un miroir

Et c'est pourquoi, un être meurt
Et un autre reste vivant

Aucun pêcheur ne trouvera
de perle
dans un ruisseau qui se jette dans un fossé

Je connais une petite fée
triste, dans un océan
qui
sans faire de bruit
raconte
son coeur, en jouant du luth

Une petite fée triste qui
La nuit périt dans un baiser
Et renaît d'un baiser, dans l'aube


Poème de Forough Farrokhzad
traduit du persan par Sylvie M. Miller


http://www.youtube.com/watch?v=-7gWHnVhX7c&feature=related